Livre d’or

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Pierre JOURDE – Auteur de romans, essais philosophiques, théorie littéraire…

pierre jourde

Bernard Jourde dessine l’Auvergne depuis bien des années. Il l’a pratiquée scrupuleusement, comme un rite, comme une vieille habitude. Il la connaît comme si l’Auvergne était sa grand-mère. Et d’ailleurs elle l’est. Il en fait le portrait avec affection, avec attention, sans la flatter, en cherchant, depuis le début, ce qu’il peut y avoir de si spécial, de si attachant, qu’on ne puisse pas s’empêcher de revenir la voir, d’écouter ses éternelle histoires, sans jamais parvenir à percer son secret. 

Vieux pays, disait Vialatte… vieux pays qui sentent toujours le froid, le fond de cave et le petit lait. Vieux pays oubliés, au cœur de la France, où vivent encore, à petit bruit, des choses et des êtres qu’on ne pourrait imaginer ailleurs, mais qui semblent toujours venir de très loin. Qui sont chez eux, mais toujours un peu égarés, toujours un peu ailleurs, comme si ces vieux pays vous rendaient étrangers à vous-mêmes. C’est un nulle part.

L’autochtone a beau le quadriller de murs et de barbelés, y entasser les tonnes de basalte taillé, il n’est jamais arrivé à le domestiquer, à en faire un lieu. C’est un exil et un égarement. Et ce n’est pas un pays, ce sont les pays, comme on dit, isolés, dispersés, perdus dans la grande houle des herbes et des vents.

Si l’on s’écarte des grandes routes, il arrive que l’on tombe, par hasard, après s’être longtemps perdu, sur des hameaux reculés qui s’enfoncent lentement dans la pierre dont ils paraissent être issus. Ils ne sont peuplés que de trois chiens et de quatre poules. Le soir tombe. Ce sont des hameaux du soir. Ils existent par intermittence, et ne se manifestent qu’à certains moments. Dans le grand silence, on n’entend que le vent, qui ne désarme jamais. Avec un peu de chance, au coin d’une grange, on verra passer, fugitivement, une casquette. Derrière une petite fenêtre enfoncée dans la pierre, une spirale d’or, pointillée de mouches noires, ajoute une touche de sacré. Un poteau télégraphique haute époque accroche encore un peu ce lieu au monde des vivants. Un tas de fumier tout à fait illégal dégage des odeurs profondes de ventre et de lait. La porte de l’étable s’ouvre sur une obscurité palpable, une crème de noirceur. Il en jaillit spasmodiquement des nuages de gouttes de la même matière, qui sont des mouches.

Ces images nous les rendent bien, ces lieux, et ces couleurs sont plus vraies, se dit-on, que les vraies couleurs. Vous pensiez que l’Auvergne était verte ? Mais regardez ces bleus, un peu gris, un peu froids, comme le bleu de travail du paysan, comme la blouse du marchand dans sa camionnette, qui gagne sa vie par le négoce d’un paquet de nouilles et d’une culotte taille 54. C’est le bleu du ciel qui s’insinue partout, du ciel qui pèse et semble avoir écrasé les montagnes. C’est le noir des pierres, le noir qui occupe toujours le fond des maisons et le fond de l’air, comme une lourde bête qui rumine. Le noir des mouches et le noir des lauzes, le noir des vieux pneus qui servent à l’ensilage, le noir des ronces noires qui mordent aux jambes comme des serpents, le noir des vieilles choses qui traînent et se défont. C’est le noir qui affleure à la surface de la neige la plus pure, c’est le noir du ciel le plus bleu, qui au cœur de l’été garde encore un peu d’hiver, un peu d’ombre et un peu de froid, inépuisables denrées de ces pays.

Oui, ces images rendent bien les formes des pays de là-haut, sous les volcans endormis comme une lourde bête qui rumine. Ce sont des courbes lentes comme celles montagnes, qui s’allongent indéfiniment et vont au fond de l’horizon comme des troupeaux, ce sont les angles des arêtes auxquels le vent déchire ses lambeaux, ce sont des volumes bruts, des citernes et des maisons qui sont fabriqués pour contenir le silence. Il faut être de là-haut pour l’avoir compris le montrer : l’Auvergne est le pays de l’usure, des humbles choses de tous les jours qui se défont lentement et deviennent idéales à force de s’estomper. Mêmes les vieilles carcasses, celles des hommes et celles des voitures, y prennent de la noblesse, une noblesse un peu rugueuse, un peu fruste. Ici, la terre montre la trame, le paysage est une violence en voie d’effacement. Une route se perd. Qui sait où elle va ? Les arbres poussent en se tordant, ils rentrent en eux-mêmes, leur croissance est un rabougrissement. Regardez ces images : ils se ressemblent tous, la tonne et la montagne, l’homme et la voiture, l’arbre et la route, la maison et le tombereau, ils sont faits de la même matière, dure et râpée, c’est du temps que le froid a durci, figé un peu. Et les piquets des clôtures semblent marquer les heures sur une vieille pendule qui découpe le temps au fond d’une cuisine.

Pierre Jourde, mai 2018.

Juliette

Bien des choses que j’ai connues, toutes mes félicitations, c’est vraiment astucieux de graver ainsi le passé.
Avec de très bon souvenirs !

Marie-Jeanne

Le Cézallier à travers cette exposition nous est plus familier , et les hommes qui ont façonnés ces paysages nous sont présentés de très belle manière,
belle expo !

Bernadette

Belle représentation du monde rural, beaucoup de talent !

Bernard M.

Avec toute l’admiration de la famille, très belle exposition et merci pour cette belle initiative !

Cyril

Bravo pour avoir amené l’art dans notre coin reculé, quelle respiration ! Un grand merci et je souhaite que cette initiative se reproduise. Amitiés

M M.

Très beau travail qui me rend très nostalgique, très beaux souvenirs !

Monette

Que de beaux visages d’anciens, la vie était dure et on la retrouve dans leurs rides.

Laurie

Les regards sont captivants, l’expo aussi

Charlotte et Franck

Jolis portraits de paysans, dont les traits rappellent ceux des visages de nombreuses personnes croisées dans nos campagnes. Belles série évoquant l’authenticité, merci !

Remerciements à M. Pierre Jourde, Jean Jacques Le Mohan, Éric Tartès pour leur participation et appui.

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